António Costa
Maire de Lisbonne

Maintenant notre mot d’ordre est “nous avons beaucoup fait, nous ferons encore plus”. En 2011 l’UNESCO prendra sa décision quant à notre Candidature du Fado pour la Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Ce sera donc une année pleine d’actions, évènements et programmes, menés à bout au Portugal et à l’étranger. D’abord nous désirons que 2011 soit un an dédié à la mobilisation de nos talents, énergies et ressources. Au travail déjà réalisé, nous ajouterons plus de travail et initiative. Du travail fait avec passion, enthousiasme, ambition, conviction et âme. Comme les fadistas ont l’habitude de dire, sans âme le Fado n’est pas du Fado.

Lors de la présentation de cette Candidature en 2010, après un travail long et innovateur de recherche, étude, organisation et divulgation, nous sûmes toujours, à la Mairie de Lisbonne, que nous nous occupions d’un des symboles-clefs de notre identité et d’un des instruments principaux de la projection du Portugal dans le monde.

De Severa à Amália, de Marceneiro à Carlos do Carmo et les fadistas de la nouvelle génération, des maisons de fado plus fameuses et des grands spectacles aux retiros méconnus et petites tavernes, le Fado a une histoire très vivante et c’est un art en évolution permanente. C’est la raison pour laquelle toutes tentatives de le figer, de le coincer, de le réduire à une formule unique, à une forme exclusive d’expression, une attitude unique, sont toujours vouées à l’échec. Si jamais ceci (à savoir, diminuer ce qui est grand) arrive, le Fado deviendra faux, appauvri et menteur. Car le Fado, quoiqu’il nous appartienne à tous, il a toujours eu une signification spéciale pour un petit nombre de gens.

Voilà la plus forte preuve de sa vitalité, de sa véracité, de sa richesse, de sa créativité : i.e. rester fidèle à ses racines a toujours été son élan de actualisation. Ses liens au passé et à la tradition ont toujours représenté un désir de futur et de renouveau. Le Fado, égal à soi-même, différent de soi-même, se réinvente et se récrée à chaque métamorphose, se surprenant à soi et nous surprenant à tous.

Lors de la présentation de notre Candidature à l’UNESCO, nous avions conscience de que nous leur proposions la consécration d’une grande et belle expression artistique, si vivante et actuelle dans son passé qu’elle l’est à l’heure actuelle, tout en appartenant simultanément à Lisbonne, au Portugal et au monde entier. Une intensité bellissime et une sensibilité sans égal sont toujours présentes dans cette forme d’art, de pair avec les grands sentiments et émotions de l’homme : l’amour et la jalousie, le désir et la renonciation, la plénitude et la désillusion, l’erreur et la repentance, la résignation et la révolte.

Dans le Fado et dans ses nombreuses nuances, nous trouvons des hommes et des femmes dans leurs attitudes typiques du quotidien et dans leurs rêves les plus fous. Dans le Fado nous nous reconnaissons nous-mêmes et nous reconnaissons les autres. Dans le Fado nous éprouvons des sentiments et nous invitons les autres à les partager. Fernando Pessoa dit: “Il y a une musique dans le Peuple,/ je ne sais pas si c’est un Fado/, qu’en l’écoutant j’éprouve un rythme nouveau/ dans le tréfonds de mon être”.

La Candidature que nous avons présenté à l’UNESCO pour inscrire le Fado sur leur Liste Représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité est devenue un projet partagé et un dessein commun. En mobilisant tant d’effort, d’engagement, de bonne volonté et d’enthousiasme, nous avons pu démontrer qu’il s’agissait d’une cause collective, à laquelle l’on adhérait avec vigueur, détermination et amour. Avec mémoire et modernité.

Au nom de la Mairie de Lisbonne, je tiens à remercier tous ceux qui ont mobilisé leurs efforts pour développer et appuyer cette Candidature, nommément les organes de souveraineté, les institutions, les organisations et associations communautaires, les universités, les intellectuels, les auteurs, les interprètes, les musiciens, les éditeurs et les promoteurs.

Nous sommes convaincus de l’originalité et de l’importance culturelle du Fado et nous avons conscience de sa croissante projection universelle. Nous attendons donc, avec confiance et espoir, la décision de l’UNESCO. L’approbation, que nous tous désirons, sera une raison de grande joie pour nous tous. Mais elle représente, surtout, une énorme responsabilité.

Lisbonne le 25 janvier 2011

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